Enseignement

LE VECU DES EVENEMENTS EN CÔTE D’IVOIRE DANS LA FOI ET LA PRIERE, A L’EXEMPLE DU PERE CHAMINADE EN EXIL A SARAGOSSE

(Journée de prière marianiste – Collège St Jean-Bosco, 09 octobre 2011 – Fr. Patrice COMOE, sm)

 

Introduction

Prière d’entrée (elle met en relation la foi et la prière) : le CREDO

Frères et sœurs, je me réjouis de ce jour que le Seigneur nous donne de vivre. Ce n’est pas toujours que nous nous retrouvions ainsi en si grand nombre, en famille. Ma joie est d’autant plus grande parce qu’il m’a été demandé de partager avec vous « Le vécu des évènements en Côte d’Ivoire dans la foi et la prière, à l’exemple du Père Chaminade en exil à Saragosse ». Des voies plus autorisés trouveraient ici les mots justes pour la bonne « digestion » de ce thème. Mais, permettez-moi de vous faire part de mes balbutiements à propos de celui-ci.

 

A l’heure où nous célébrons le 250ème anniversaire de naissance du Père Chaminade, nous vivons les 50 ans de présence marianiste en Côte d’Ivoire. Je voudrais tout d’abord rendre un hommage aux devanciers, aux devancières de la mission marianiste dans ce pays. La Côte d’Ivoire, nos aînés marianistes l’ont connu et ont toujours eu foi en elle en participant à l’œuvre éducative de sa jeunesse. Dans la prière de tous les jours, ils l’ont porté jusqu’à ce que nous arrivions pour assurer la relève. 50 ans de présence marianiste ! Cela semble très mature, mais notre vie vocationnelle marianiste en Côte d’Ivoire marque  seulement 19 ans au compteur. Puisque, le plus ancien frère autochtone prononçait ses premiers vœux dans la Société de Marie, le 27 septembre 1992. Alors 50 ans, quel paradoxe ! Un district à la fois mature et si jeune! Et pourtant, à côté, les 250 ans de la célébration de Chaminade nous ouvrent à l’esprit que même après sa mort (sur cette terre des hommes), Chaminade est présent avec son œuvre. Il continue sa mission à bien des rythmes qui lui sont propres selon le bon vouloir de l’Esprit Saint.  Cette journée de prière que nous célébrons en ce jour se déroule après des évènements moins réjouissants qu’a connu notre pays. En effet, celui-ci a connu et connait des fragilités qui déchirent sa cohésion sociale. Ses fils et filles, enfants d’un même Père dans la foi s’entre-déchirent, image bien séculaire dont nous pouvons le constater dans le livre de la Genèse. ( Gn 4, 1-16) « (Caïn) où est ton frère Abel ? » demanda le Seigneur (Gn 4, 9). Le désespoir s’est emparé de la quasi-totalité des  chrétiens que nous sommes. Où trouver de nouveaux  repères pour réorienter notre vie chrétienne, notre vie marianiste ? N’est-ce pas en ce moment que nous pouvons jeter un regard sur notre fondateur, le Bon Père Chaminade afin qu’il nous éveille dans la foi et la prière.

Pourquoi tout ce tumulte dans notre communauté, dans notre pays ? N’est-ce pas parce que la foi est effritée ? N’est-ce pas parce que la foi est marchandée ? N’est-ce pas parce que nous ne comprenons pas le sens réel de la foi en Dieu ? N’est-ce pas parce que notre repère en Dieu s’est quelque peu décentré ou désorienté ?

Peut-être que nous sommes entrés en Eglise avec des idées toutes nouvelles en Dieu. Mais que s’est-il passé quand la première épreuve s’est abattue sur nous ?

 

Permettez frères et sœurs que je lise ce passage de Luc 18, 1-8 :

Jésus dit une parabole pour montrer à ses disciples qu’il faut toujours prier sans se décourager : « Il y avait dans une ville un juge qui ne respectait pas Dieu et se moquait des hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : ’Rends-moi justice contre mon adversaire.’ Longtemps il refusa ; puis il se dit : ’Je ne respecte pas Dieu, et je me moque des hommes, mais cette femme commence à m’ennuyer : je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse me casser la tête.’ » Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge sans justice ! Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Est-ce qu’il les fait attendre ? Je vous le déclare : sans tarder, il leur fera justice. Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? »

Prions : Seigneur, aide-moi à m’ouvrir à toi pour que par cette méditation tu puisses enseigner à mon cœur et me donner des forces nouvelles.

Pour suivre l’évolution de mes propos, je vous suggère ces quatre points :

1)      La foi de Chaminade face aux évènements de la révolution française

2)      Ce qu’a été Saragosse pour Chaminade

3)      Sur les pas de Saragosse avec Chaminade

4)      Réflexion sur l’éveil de la foi face aux évènements de notre pays

 

 

 

1. La foi de Chaminade face aux évènements de la révolution française

 

En France, la vie chrétienne a connu au long du 14ème au 16ème siècle une floraison de l’expansion de la foi. On dirait, comme le Christ l’affirme dans l’évangile de Saint Jean, que l’Esprit Saint souffle quand il veut et là où il veut pour susciter des hommes et des femmes qui enrichissent l’Eglise avec des charismes divers. Pendant la révolution française, un autre visage est donné à cette Eglise qui avait connu la foi. C’est alors que, comme toujours, Dieu suscite ses messagers afin de sortir son peuple de l’endurcissement. « Pendant les années de la Révolution [française], [Chaminade] a eu à faire une sérieuse option de foi », nous dit Edouardo Benlloch (in Chaminade, son message aujourd’hui, p. 23) Il a espéré contre toute espérance jusqu’à ce que vienne cette période critique où il fut obligé de quitter son pays. La France, la « fille aînée de l’Eglise à cette époque connaît une crise de la foi véritable. Chaminade fera son possible pour sauver des âmes, aidé de fidèles laïcs, eux aussi convaincus de leur foi. Ce ne sont pas les évènements qui menacent la mère patrie qui vont ébranler leur foi. Ils tiennent, mais pour combien de temps ? Car, c’est dans le temps que se vérifie la foi.

 

Convaincu que sans la foi, on ne peut être Hommes de Dieu, Chaminade prend son bâton de pèlerin et le voilà dans ces souterrains de Bordeaux, en train de poursuivre ses prières.  Les aspérités  de la révolution vont le rejoindre tout de même et le forcer à Partir de son pays natal.  En Espagne, une toute nouvelle expérience l’attend, car avec Dieu, la conquête n’est jamais finie.

 

 

2. Ce qu’a été Saragosse pour Chaminade

 

Pendant l’Exil à Saragosse (Espagne), Chaminade perd son père géniteur. Il ne peut même pas aller à son enterrement. Car, la loi de la ‘persona non grata’ est en vigueur en France. Mais, tout de même, il faut vivre et il faut surtout s’y faire. Cela n’est pas facile, car les questions affluent dans son esprit. C’est aussi en quelque sorte le temps des lamentations face au désastre qui se crée dans l’esprit des chrétiens en France. Chaminade s’inquiète. Père Vincent Gizard, à travers son œuvre  Le Temps des prophètes (1992), nous fait ressentir les sentiments de Chaminade à cet effet : « Que vont devenir les pécheurs ? Que vont devenir mes compatriotes ? Qui leur apportera la Bonne Nouvelle du salut ? Qui relèvera la Fille aînée de l’Eglise de l’état de péché où elle est tombée ? » (p. 33) Aussi, dans une de ses lettres à Thérèse de Lamourous –vivant en France - , une de ses compagnonne, Chaminade, alors qu’il trouve en exil, écrit : « Je ne vous laisserai jamais tranquille que je ne vous voir sourire à la pauvreté, aux souffrances et aux humiliations…Si j’écoute ma nature, je vous plains ; mais si je regarde la foi, je dis aussitôt : « Thérèse est heureuse, elle souffre » » (cf. Ibid. p.34-35). En effet, pour Chaminade, la foi fait voir les choses différemment.

Au terme, que représente Saragosse pour notre Bon Père ? Saragosse a été plus qu’une ville, plus qu’un lieu dans un espace du globe. Saragosse a été pour Chaminade d’abord le Recul par rapport à ses acquis ; elle a été la base fondamentale de ce qui l’animait depuis tout petit. Peut-être que mes propos seront désapprouvés, mais je ne pense pas que c’est à Saragosse, au pied de Notre-Dame que Chaminade a reçu l’idée soudainement de fonder la Congrégation de Bordeaux ou de faire naître les Filles de Marie Immaculée ou encore de donner jour à la Société de Marie, etc. – Je dis cela tout en pesant mes mots – En effet, Saragosse est plutôt cet endroit où Chaminade a atteint le paroxysme de ce qu’il ressentait depuis longtemps dans son intimité avec Marie. D’ailleurs, plusieurs marianistes ont épilogué sur cette question de Saragosse qui serait le lieu de départ des diverses fondations, qui constituent aujourd’hui la famille marianiste. Edouardo Benlloch, prêtre marianiste espagnol, à travers son œuvre « Chaminade, son message aujourd’hui » publié en 1987 et traduite en Français de l’Espagnole par deux de nos frères Léo Pauels et Hervé Dagbo, (seulement la première partie), fait état des difficultés à situer la date à laquelle Chaminade fut inspiré  pour la fondation de la Congrégation, voire de la Société de Marie et les autres branches. Des témoignages sont portés à l’endroit de l’expérience de Chaminade à Saragosse. Nous pouvons citer, P. George Caillet, deuxième supérieur général de la Société de Marie, qui a consigné, dans une de ces circulaires (n°21), ceci après la mort de Chaminade : « [Chaminade] a choisit pour lieu de sa retraite Saragosse, ville célèbre pour son pèlerinage de Notre Dame du Pilier. Ce fut là qu’il attendit, dans le calme de sa soumission aux desseins de la Providence, qu’il plut à Dieu de faire luire sur son infortunée patrie des jours plus heureux. C’est là aussi que son amour déjà si tendre pour Marie devint plus vif encore et s’accrut sensiblement. » (p. 15) Un autre témoignage, celui de Jean-Baptiste Lalanne, l’un des premiers membres de la Société de Marie racontant ce qui s’est passé le 1er mai 1817, jour où il se mit à la disposition de Père Chaminade en vue de la fondation d’un institut religieux, dépeint cela en mettant ces paroles dans la bouche de Chaminade : « Voilà ce que j’attendais depuis longtemps. Dieu soit béni ! Sa volonté se manifeste et le moment est venu de mettre à exécution le dessein que je poursuivais depuis trente ans qu’il me l’a inspiré ». (p.18) Ici, nous sommes en 1817, et Chaminade semble dire que la Société de Marie est quelque chose dont il a souhaité, il y a une trentaine d’année, cela nous ramène à l’année 1787, une période bien avant  l’expérience de Saragosse (1797-1800). Aussi, cette date de 1787 marque-elle la période de Chaminade au Collège de Mussidan où il est économe  et professeur. Il vient d’être ordonné, il y a environ deux ans. Alors, cette assertion de Lalanne ne vient-elle pas contredire celle de Caillet qui voit Saragosse comme le lieu d’inspiration première des fondations ? Ne voyons pas les choses sous cet angle. Comprenons que cette histoire est sans équivoque dans la mesure où on comprend que ce que Chaminade a vécu à Saragosse, au pied de Notre-Dame del Pilar n’est que le paroxysme de cette « ambition première » qu’il avait pour Jésus et sa Mère. Saragosse demeure bel et bien le point culminant où la foi de Chaminade a trouvé le sens des choses. L’inspiration était là depuis, mais comme une bougie qui éclaire peu à peu la pièce d’une maison dans l’obscurité, de même, peu à peu la foi de Chaminade s’est éveillée au projet de Dieu, et à Saragosse, ce fut la lumière véritable. Donc l’Avant et Pendant Saragosse constituent  une même réalité pour nous. Et, c’est là, que tout doucement se développera ces trois réalités que je pourrai appeler les « trois fruits de Saragosse », à savoir : la FOI, la PRIERE et la PROVIDENCE

 

Somme toute, Saragosse a été pour Chaminade, un lieu de recueillement, de silence, de bilan, d’abandon à Dieu, de dépassement de soi, etc. Et, comme lui, nous sommes invités à faire cette expérience.

 

3. Sur les pas de Saragosse avec Chaminade

 

Il n’est pas toujours facile de partir de chez soi pour s’installer ailleurs, dans un endroit où on a jamais été. Cela est d’autant plus difficile quand l’on est obligé de fuir son pays pour se réfugier ailleurs, quelque part, loin de ses habitudes… Plusieurs parmi nous ont fait l’économie de cette réalité durant la crise qu’a connue notre pays et dont la panacée semble encore difficile à assimiler.

 

« Au cours de cette « Année Chaminade » pendant laquelle toute la Famille Marianiste fête le 250ème anniversaire de notre Fondateur, nous sommes aujourd’hui à notre rendez‐vous spirituel à la basilique de Notre Dame del Pilar à Saragosse (Espagne), ce haut lieu qui a été le pic de tout pour Chaminade au point qu’il est parvenu à fonder une Famille dans la foi et par l’opération du Saint Esprit, comme Marie. Nous sommes des hommes et des femmes du monde entier, de tous les états de vie, de toutes cultures, mais unis par le charisme qui nous donne notre raison d’être. » Que serait notre vie sans ce regard de foi tourné vers Saragosse ? Qu’est-ce que Saragosse pour nous ? C’est là la question fondamentale ! Sommes-nous prêts quelque soit les évènements à aller à Saragosse ?

A l’instar de Marie qui demanda à l’Ange : « Comment cela va-t-il se faire puisque je suis vierge » (Lc 1, 34), nous aussi appelé à Saragosse, nous devons-nous poser cette question tout à fait légitime à Dieu : « Comment allons-nous faire, puisque les évènements de notre pays nous détruisent petit à petit ? ». Alors, c’est le lieu de s’abandonner et comme Chaminade prendre le recul qui s’impose par rapport à tous ces évènements dévastateurs. D’ailleurs, ils peuvent être d’ordre matériel, mais aussi immatériel. Nous comprenons alors que les évènements dévastateurs sont aussi le péché, les doutes endurcis, la « carence » d’espérance, etc.

C’est dans le quotidien de notre vie qu’il faille cultiver « l’esprit chaminadien », c’est-à-dire cette force d’esprit intérieur qui garde la relation à Dieu malgré tout. Sommes-nous toujours des chaminadiens ou des pseudo-chaminadiens ? C’est-à-dire des personnes qui portent le nom marianiste, mais qui au fond ne le sont pas ? Souvenons-nous de la parabole du festin nuptial en Mt 22, 1-14. (v.10-14 : « Ces serviteurs s’en allèrent par les chemins et rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, mauvais et bons. Et la salle de noce fut remplie de convives. Entré pour regarder les convives, le roi aperçut là un homme qui ne portait pas de vêtement de noce. « Mon ami, lui dit-il, comment es-tu entré ici sans avoir de vêtement de noce ? » Celui-ci resta muet. Alors, le roi dit aux serviteurs : « Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors : là seront les pleurs et les grincements de dents. » C’est à juste titre que nous pouvons dire que le vêtement dont il s’agit ici, c’est la foi, vertu essentielle qui forge la vie intérieure. Au vu des relations entre nous ces dernières années, on peut se demander : Où est passé notre foi qui autrefois nous donnait cette force de nous unir et de rendre si vivante la présence marianiste en cette terre ? Qu’avons-nous perdu et qu’il nous faut nécessairement regagner ? Les empreintes de Chaminade sont toujours là, mais avons-nous assez de foi pour les voir ? N’est-ce pas le doute, le sentiment de nous « forger » chacun là, dans sa branche comme si chacun pensait à sa survit ? La crise récente que nous avons vécu nous donne encore le sentiment de comprendre que toute survit est possible qu’en Dieu seule. Tous les biens que nous aurons ici bas sur la terre seront anéantis. Tous nos projets seront « repesés ». Avons-nous peur que Dieu nous parle par le silence de notre cœur et qu’il nous envoie là où on ne voudrait pas aller ? Une fois encore, laissons-nous convertir par l’attitude de Chaminade à Saragosse, qui est resté tout ouvert à la volonté de Dieu. « Que tout ce passe pour moi comme tu me l’as dit ! » (Lc 1, 38b) Ce fiat de Marie nous interpelle encore aujourd’hui, nous qui prétendons participer à la mission de Marie. Comment être des porteurs de foi quand il existe des clôtures, des murs entre nous ? A Saragosse, Chaminade est resté ouvert à ses frères exilés comme lui et même aux autres. Ce n’est nullement une interpellation moraliste que nous faisons ici, mais un appel ……et surtout ce que nous ressentons au plus profond de notre être. L’ombre de la crise ne saurait éteindre en nous l’audace que nous avons pour Marie et pour Chaminade. Peut-être, devons-nous penser aujourd’hui à une assise au niveau de la famille marianiste en C.I. ? Chaminade nous y invite fortement, c’est ma foi.

 

A travers la prière nous devons faire l’expérience de la foi plus que jamais. La nature nous a démontré que les sens de l’homme sont très limités, d’où l’invention de systèmes technologiques pour y palier. Prenons quelques exemples : l’homme a beau regarder l’horizon, il ne peut voir au-delà de cette ligne imaginaire. L’homme a beau écouter, il ne peut entendre deux fourmis qui dialoguent. C’est une réalité qui nous dépasse sans ces appareillages hypersophistiqués. De même, la dynamique de la foi s’inscrit un peu dans cette perspective là.  C’est-à-dire qu’elle se veut une compréhension  qui dépasse en quelque sorte l’entendement humain. Mais ici, l’appareillage hypersophistiqué, c’est l’Esprit Saint, c’est Lui qui nous fait comprendre le pourquoi de choses divines et nous fait voir les choses différemment. Voulons-nous voir les choses différemment au sein de cette famille marianiste en Côte d’Ivoire ? Ou bien, pour nous, la course est terminée ?

Saragosse nous fait penser à ce que nous pouvons appeler la foi « chaminadienne ». Celle-ci nous invite à un dépassement de la foi sensible ou émotionnelle. Pour la plupart d’entre-nous, nous sommes partis de là, mais il ne faut pas s’y éterniser. Nous avons besoin d’une foi mature, intelligible, qui n’a rien à avoir avec l’âge, l’intelligence humaine, le rang social, puisqu’elle est simplement un don de Dieu. (Eph 2, 8). Cependant, elle demeure l’objet de la prière constante, de la confiance en Dieu. Il y a un de nos frères qui termine toujours ses homélies par « Prions pour que le Seigneur augmente en nous la foi … ». Même si cela paraître parfois monotone, il n’en demeure pas moins une insistance sur l’objet réel de notre prière. Cela veut dire que la demande constante que nous devons faire à Dieu, c’est de nous emmener à le comprendre à travers les évènements de notre vie, de notre pays, de notre histoire à travers la foi. Comprenons que cette dernière est inhérente à la prière. Que pouvons-nous sans la foi. Que pouvons-nous sans la prière ? Comme image – elle vaut ce qu’elle vaut –, on pourrait dire que la foi, c’est voiture qui conduit à la destination voulue et la prière, le carburant qui fournit l’énergie nécessaire pour atteindre cette destination.

 

 

4. Réflexion sur l’éveil de la foi face aux évènements de notre pays

 

Nous voulons lire tous les évènements de ces dernières années de notre pays à la lumière de la foi. En effet, seule la foi peut donner de la consistance à notre vie intérieure face aux évènements de la société. Nous le savons bien, le fruit ne murit pas en un seul jour. Il en va de même pour la foi. Elle ne s’acquiert pas en un jour et pour de bon, même si nous avons la bonne volonté. D’ailleurs, dès l’instant qu’on se vante de l’avoir, on l’a déjà perdu rien que pour s’être gonflé d’orgueil quelque part. Cela dit, la foi est une ouverture libre de l’homme qui veut se nourrir de la sève divine, donnée gratuitement à tous. Elle s’inscrit alors dans une dynamique de croissance. Et cette croissance, notre pays en a grandement besoin. Ces hommes de foi qui la constituent ont-ils assez d’audace pour se laisser éclairer par Dieu ?

 

Sans la foi, il ne peut y avoir de prière véritable. Et nous nous demandons si les chrétiens de ce pays se sont laissé entrainer par cette prière véritable, sans laquelle la foi ne peut réellement s’enraciner en nous. La foi incite à la relation à Dieu, donc à la prière. Et la prière approfondie la foi. Avons-nous vécu réellement cette dynamique de la foi et de la prière ?

 

Un autre aspect que peut-être avons-nous oublié, c’est que l’autre dimension de la prière hormis la foi, c’est la fidélité. C’est-à-dire qu’elle n’est pas l’euphorie d’un jour. Elle est la résultante d’une constante relation à Dieu. Cette expérience, Chaminade l’a faite, pas seulement à partir de Saragosse, mais aussi avant et après Saragosse. Bien des moments, notre « foi » s’est subitement éveillée quand il s’agissait de prier pour une cause. Mais quelle a été notre réponse à Dieu juste après avoir été exaucés ? Nous avons vite fait de plonger dans le relativisme, d’oublier les bienfaits de Dieu et même en arriver à l’insouciance. Il nous vaut alors comprendre cette réalité : « la prière n’est ni un anesthésiant ni un euphorisant, elle ne fait pas planer au-dessus des difficultés, mais elle nous vaut de la part de Dieu, une paix intérieure surprenante. » (missel dim. Introduction Deuxième lect. 27ème dimanche Ordi-lect Ph 4, 6-9). Quels enseignements nous donnent aujourd’hui les évènements que nous avons vécus face à notre foi ?

 

L’essentiel pour nous en ce moment précis n’est pas que nous soyons ici pour manger ou pour boire, mais de nous réjouir parce que nous partageons une même foi, un même charisme, une même expérience chaminadienne. (Allusion à l’Evangile du jour : Mt 22, 1-14 : ce n’est pas la somptuosité du repas qui importe. C’est l’honneur qui est rendu à chaque invité qui est au centre de tout. Le maître est heureux de leur dire combien de fois il est heureux de les accueillir. Ainsi, le repas de fête partagé es signe, voir un « sacrement », de l’amitié partagée, de la communion qui unit l’hôte et ses convives. Chaminade est heureux que nous soyons ici pour commémorer ce lieu qui a tant bouleversé sa vie.

 

Notre tradition « La Prière de Trois Heures » n’est pas seulement dite par amour pour le Père Chaminade ou pour la famille marianiste. Nous menant au pied de la croix, elle doit nous conduire à la vraie connaissance de l’abaissement de Dieu pour le Salut de l’humanité. A travers cette prière, c’est nous-mêmes qui sommes invités à mourir en tuant en nous le péché pour faire grandir la foi véritable : la foi du cœur. La foi que nous avons apprise dans les livres, nous pouvons l’oublier. Mais la foi du cœur nous ne pouvons jamais l’oublier, puisqu’elle est l’élan même de notre existence.

 

Nous touchons ici la dimension contemplative de la foi, qui consiste à se vider de soi afin d’être plein de Dieu. Ô que notre richesse intérieure nous aveugle ! Notre égo nous anéantit en définitive et nous conduit sur un terrain désolé où nous sommes pleins d’envies, de regret, de doute, voire d’amertume.

L’expérience de Saragosse nous invite incessamment à prendre un instant pour Dieu, une pause en sa compagnie, un temps où l’on se questionne sur sa vie, sur son avenir avec Dieu, sur sa foi même. Ô que notre pays en a besoin en ce moment ! Tous, avons-nous besoin d’une Saragosse afin de pouvoir faire notre « kénose », c’est-à-dire nous déposséder un temps soi peu de nos ambitions personnelles et nous resituer par rapport au de projet de Dieu. Quel est ce projet ? C’est bien là que la prière nous inspirera au fil des jours. A Saragosse, Chaminade ne nous y invite pas pour la connaissance de la foi, mais pour le vécu de la foi. Car, la foi ne s’apprend pas comme si on apprenait un cours d’histoire géographie, mais elle est une vie, une patience avec Dieu comme nous le disons tantôt. Dès lors, Chaminade nous interpelle, chacun, en ces termes : « Cesse de te regarder, Toi ; regarde plutôt Lui, Jésus ». La richesse peut nous faire perdre la foi, parce qu’on se croit maître de la vie, mais que se passe-t-il quand des évènements imprévus voient le jour là où nous nous croyions en paix, assis bien confortablement ? C’est dans la mesure où notre engagement à Dieu saura prendre sa vraie mesure en Dieu que nous verrons les effets de la foi dans notre société.

 

 

 

Conclusion

 

« La force et la puissance que recèle la Parole de Dieu sont si grandes qu’elles continuent, pour l’Eglise, son point d’appui et sa vigueur et, pour les enfants de l’Eglise, la force de leur foi, la nourriture de leur âme, la source pure et permanente de leur vie spirituelle » (DV, 21)

Ce document conciliaire (DV : Dei Verbum, Vat II) replace au centre l’un des premiers moyens qui peuvent affermir notre foi : la PAROLE DE DIEU. Sur elle, Chaminade s’est appuyé afin de donner sens à tous les évènements que connaissait son pays. Sans elle, il n’aurait pas eu suffisamment de force pour vaincre tout ce mal que pouvait susciter en lui les atrocités de la révolution française.

Au terme de notre exposé sur le thème « Le vécu des évènements en Côte d’Ivoire dans la foi et la prière, à l’exemple du Père Chaminade en exil à Saragosse », nous aimerions insister sur le fait que le vécu d’une foi profonde peut estomper les différences, les clivages dans la société. Car, la foi véritable est celle là qui recherche le bonheur du prochain en tout point. En ce sens qu’elle est l’expression de la justice, de la paix et de l’amour vraie. Le thème de notre échange nous invite à tourner notre regard vers notre mission présente et celle du future. Ainsi, il en a été pour Chaminade qui, dans la foi et la prière appelait de tous ces vœux à la reconquête de la foi dans son pays natal tout en étant en exil. De ce fait, il se peut que plusieurs choses soient à reconsidérer dans la famille marianiste pour une foi beaucoup plus dynamique. Quelle est aujourd’hui, notre mission d’ensemble en tant que famille marianiste sur cette terre de Côte d’Ivoire en quête de paix et de réconciliation ? N’est-ce pas former à la foi. Car, nombreux sont les chrétiens qui se découragent ou perdent la foi au gré des événements qu’ils vivent ou subissent. Or, la foi dépasse leur sentiment  personnel ! Elle est à rechercher dans un tout autre domaine, l’abandon à Dieu. Nous pouvons dire que les évènements qu’à connu notre pays ont été d’une part une consolation, une grâce, un regain de force sous l’angle de la foi. D’autre part, elle a ébranlé bien la foi des chrétiens voire des croyants. Peut-être avons-nous été ou sommes-nous encore des victimes de la crise ! Alors, c’est tous ensemble que dans la prière, nous pourrons soutenir la foi des uns et des autres et partant soigner les blessures intérieures de nos concitoyens pour une patrie emprunt de justice et de paix.

 

Soyons des missionnaires au service de l’Eglise et de la société. Et de ce fait même, nous le sommes. Il nous faut « trouver des façons nouvelles de dire le message de Marie. « A vin nouveau, outre neuve » nous dit l’Evangile. Mettons de notre génie, pour vivre de la foi véritable, qui est pour le message essentiel que nous livre Chaminade en cette année où nous célébrons son 250ème anniversaire de naissance. En d’autres termes, devenons des hommes et des femmes de foi ».

 

 

« Oh mon Dieu, par la foi [qui jaillit de mon cœur], je prie pour trois choses : Te voir plus clairement, T’aimer plus affectueusement, Te suivre plus proche au jour le jour »

 

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